Cette année-là, le cœur
léger, en compagnie Liliane et Jocelyne, je partais vers une destination
balnéaire de l’est des États-Unis soit Hyannis Port à Cape Cod. À ce moment-là,
même éduquée dans un catholicisme ostracisant, je menais ma vie de jeune femme
farouchement indépendante de tout lien, aussi bien familial que religieux. Une
vie de bohème quoi!
Par un bel après-midi, le
soleil était radieux, une douce brise soulevait notre longue chevelure… trois
filles dans le vent. Par curiosité, nous voulions mettre le bout du nez dans le
quartier reconnu des homosexuels, soit Provincetown. La décision de s’y rendre
fut prise unanimement. J’ignorais tout de ce monde-là. Que de préjugés dans
l’ignorance! Toutefois la visite ne fut pas tellement agréable à notre œil,
c'est pourquoi nous décidâmes de pousser jusqu’à la pointe du Cap.
Les quelques arbres
rencontrés se faisaient de plus en plus rares. De chaque côté de la route, que
dunes et océan. Les trois amies hyper
enjouées tombèrent dans un silence, je dirais religieux. Que le silence… Même
les oiseaux se faisaient de plus en plus muets. Finalement, le bout du monde!
Comme il y a du bruit dans
le silence! Le céladon de la mer épousant le bleu du ciel en se fusionnant dans
une immensité exaltante. Les vagues qui se jettent sur la rive et viennent
lécher mes pieds nus! Comme je suis petite face à ce spectacle grandiose, vide
et plein d’introspection. C’est tout
simplement majestueux, vibrant et sensuel. Oui sensuel parce que tous mes sens
en sont ébranlés. Je vois l’infini, je sens l’air marin si particulier,
j’entends le clapotis des vagues, je goûte le sel de l’embrun et je touche ce
sable si fin, si blanc…
Je me revois en pleurs devant
l’infini déployé devant moi. Je crois en Dieu. À ce moment-là mon âme, mon
esprit, tout mon être se remplissent de reconnaissance pour cet être qui a créé
tant de splendeur avec rien. Parce qu’il n’y a rien devant moi. Un vide. Mais
un vide qui me parle et me fait comprendre que la vie est belle, que les
problèmes que je dois affronter sont contournables et trouvent toujours une
solution quelque part…
Aujourd’hui, trente ans plus
tard, je vibre encore en me remémorant ce moment magique.
Georgette Robillard (4 mai 2011)
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À ma grande surprise, ce joli texte appartient à des
souvenirs qui remontent à trente ans en arrière, mais encore bien présents
à la mémoire de Georgette.
Oui, la vie nous réserve bien des surprises, des
émotions, des rencontres, des découvertes que nous ne nous lassons jamais
d'accumuler dans notre baluchon à moins que nous ayons perdu goût à la vie.
Alors c'est la chose la plus triste qui peut nous arriver. Combien de personnes
âgées en sont parfois rendues là parce qu'il n'y a plus autour d'elles pas même
une étincelle de curiosité ou d'amour pour allumer un feu dans leur regard? La
jeunesse avec son élan d'énergie et de vitalité doit toujours nous habiter au
moins comme un second plan ou comme un fond essentiel au tableau du moment présent,
pour nous faire redécouvrir que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue.
Chacun a son propre cheminement parfois chaotique, tantôt tranquille sans trop
de vagues et quelquefois avec des tempêtes que nous ne voyons pas venir.
Ce texte me fascine par son côté à première vue
dichotomique : sensualité/contemplation. C'est là la preuve qu'une vision
spirituelle des choses doit d'abord être amorcée par une vision sensuelle de la
réalité. Mens sana in corpore sano me répète le vieux sage latin. Nous
naissons avec les sens vierges, sans idées innées, préconçues. Tout pénètre par
les sens dans un être nouveau comme la lumière par les fenêtres et les portes
de la maison au soleil du matin. Jeunes, nous plongeons dans la vie, nous
mordons à belles dents puis, peu à peu, avec les écueils, les
conquêtes, les naufrages parfois, nous découvrons, comme une autre Réalité. Un Quelqu'un
caché derrière l'immensité de l'univers ou la complexité de l'atome, un Quelqu'un
innommable qui s'intéresse au petit être unique que chacun d'entre nous
incarne. Impossible de dire son Nom mis à part : « Je suis Celui qui
suis ». Vivre une certaine foi à 20 ans puis la vivre à 50 ou 80
ans, c'est autre chose. C'est normal aussi. Le temps tel un vent d'orage chasse
nos illusions. Comme un ciseau, les petits coups de la vie quotidienne nous
burinent. Pour ma part, je suis loin du jeune moine que j'ai été au Carmel
pendant trois mois, à l'âge de 20 ans... Pourtant, il y a encore en moi
quelque chose de ce jeune fougueux, passionné dans sa vie intérieure, prêt à tout
donner, à tout risquer. Ce paysage spirituel qui appartient à une autre époque
de ma vie est comme une tapisserie dans une salle à dîner... Les couverts
ont été changés, les meubles aussi, le plafond a été repeint, les bibelots ont
disparu, etc. Les illusions se sont envolées ou avalées, devrais-je dire, comme
la poussière devant le balai de l'aspirateur. La foi est une conviction, non
une certitude. Il nous faut sans cesse faire le ménage de nos croyances... Nous
faisons face à l'Absolu à tâtons. Il appartient à notre sixième sens de
le saisir sans jamais accéder totalement à cette Autre Réalité qui nous dépasse
infiniment.
Merci Georgette de me rappeler que les années nous transforment
et nous appellent à force de découvertes sans cesse renouvelées à embrasser
l'Essentiel, avec lequel nous devons entrer en contact comme par petites touches
impressionnistes.
Jean Ouimet (5 mai 2011)
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