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Lettre aux amis de Pierre, Denise Imbeau ** Les voiles religieux, Denise Imbeau ** Mon avis, François Simard** De la religion et des peuples, Alban Arsenault
Il n’y a pas si longtemps l’humanité comptait une population peu nombreuse et très clairsemée sur un vaste territoire. De nos jours, il en va tout autrement. Les six milliards et demi d’humains habitent un grand « village planète » comme piégés dans un filet qui nous relie les uns les autres. Nous devons vivre en communiquant même avec nos plus lointains voisins. Nous dépendons les uns des autres en échangeant nos biens matériels comme nos biens culturels.
Alors que faire pour rester soi-même, préserver son identité et ses valeurs propres? Jamais chez nous en particulier, une telle situation de promiscuité ne s’était présentée où nous devions accueillir tant de diversité sur un même territoire en un laps de temps si court. Voilà qu’au moment où nous nous trouvons désemparés, nous inventons la chose, que dis-je, l’expression sauve-qui-peut les accommodements raisonnables. Le mot est lancé. Il faut faire avec comme on dit.
Acheter un frigo ou un ordi made in Malaysia, il n’y a aucun problème, mais côtoyer un jeune à l’école portant fièrement son kirpan à la taille ou rencontrer un sikh dans le port de Montréal avec un turban (donc, sans un casque protecteur) et qui plus est, s’asseoir dans le métro aux côtés d’une femme revêtue de pieds en cap d’un tchador, voilà des situations qui portent à réfléchir. Nous avons abandonné pour de bon la société quasi monolithique des années 1950, celle de mon enfance où nous amassions des sous pour sauver des petits Chinois fort loin de notre nid douillet. Maintenant, ils sont dans notre cour avec leurs us et coutumes. Nous avons mis trop de temps à réagir à la transformation culturelle de notre monde. La géographie et l’histoire qu’on nous a enseignées ne nous ont pas appris grand-chose sur l’autre Monde, celui des populations milliardaires depuis peu : Chinois, Indiens sans compter les Moyens-orientaux qui n’en finissent plus d’avoir des problèmes et de faire des enfants alors que nous…
Au moment où notre pays est perçu comme une oasis de paix dans laquelle il est permis de rester soi-même grâce à une Charte des droits de la personne unique en son genre, que faire sinon accueillir les nouveaux venus avec le respect dû aux personnes déplacées et immigrantes? Cependant ne faut-il pas accueillir les gens comme des invités dans notre propre maison? Ils doivent se sentir à l’aise, mais ils ne peuvent exiger de voir le menu du repas à moins qu’ils aient des allergies… de changer la couleur de la nappe parce que la couleur rouge les offusque… ou même demander de tirer la chasse de la toilette à leur place à moins qu’ils soient handicapés. Il y a des limites à tout. En attendant d’acculturer les nouveaux venus, il faut trouver des accommodements raisonnables quand c’est possible des deux côtés, mais jamais au détriment de nos valeurs les plus enracinées. S’il y a incompatibilité, le gros bon sens exige de rester chez soi avant d’immigrer dans un endroit où on ne serait pas le bienvenu. Sinon, le risque de conflit augmente et le mal-à-l’aise s’installe quand ce n’est pas le mal à l’âme. Le tout au détriment des deux parties.
Que faire dans notre cas? D’abord, en matière de services à l’immigration, il leur appartient de dire les choses clairement aux candidats immigrants en conformité avec les valeurs, les lois et les règlements du pays qui reçoit. Tout en étant pleins de bonne volonté, les citoyens du pays hôte ne peuvent aller au-delà d’un certain seuil de tolérance parce que leur identité en prendrait pour son rhume… D’où un grand exercice de communication entre les habitants du pays hôte, d’abord entre eux, puis avec ceux et celles qu’ils veulent recevoir, afin qu’ils deviennent peu à peu leurs concitoyens à part entière. Cela doit se faire dans le plus grand respect des exigences essentielles de leur éventuel nouveau pays, exigences en lien direct avec les valeurs indiscutables de ceux et celles qui ont l’amabilité de recevoir.
Bref, dialogue, respect mutuel des gens et des cultures sont des solutions clés. Le seuil de tolérance est toujours fixé par ceux qui invitent et non par les invités comme dans une maison lors d’une fête. L’appartenance culturelle ou religieuse ne peut aller à l’encontre des valeurs et des principes fondamentaux énoncés par le pays hôte… Pendant les années 1910, le Canada recevait beaucoup plus d’immigrants qu’aujourd’hui, mais le pays était vaste et vide. Chaque groupe ethnique (notez qu’à l’époque le mot race était plus à la mode) allait s’installer avec ses us et coutumes sur de nouvelles terres sans trop menacer les valeurs des Autochtones (je pense aux Doukhobors ou aux Mennonites par exemple). De plus, la laïcité de notre monde occidental contemporain heurte davantage les comportements et les obligations religieuses des nouveaux venus. N’a-t-on pas noté que la plupart des compromis ou accommodements consentis visaient des comportements religieux? Dans un État laïc où la séparation de l’Église et de l’État est chose faite, il faut analyser la situation source de conflit potentiel, à l’aulne de cette réalité. Comment trouver une solution qui satisfasse un chacun?
Vitrail ou melting pot? Le feu de l’astre du jour est tellement plus
beau à travers un vitrail de cathédrale : chaque petite pièce de verre
laisse passer la lumière selon sa propre teinte ou densité de couleur. L’ensemble
nous émerveille avec raison. Le melting pot est rassurant parce qu’il y a
homogénéité et cohérence. Vivrions-nous dans un monde avec une ou deux langues
pour communiquer (v.g. anglais et esperanto), alors que c’est la diversité qui
crée la force, la persistance de la vie, dixit Henri Laborit? Personne ne
possède la solution quand il faut conjuguer l’un et le multiple. Après les
premiers essais avec
C’est ce que je nous souhaite en ces temps de Résurrection.
Jean Ouimet (15 mars 2007)
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Qui dit religion, dit Dieu. Qu’on le nomme Hyavé, Grand Manitou, Jehova ou Dieu, on le reconnaît comme Dieu unique, infini, tout puissant, etc.
Hors tout ce qu’on sait de ce Dieu, quelle que soit la religion qu’on pratique, nous est transmis par des hommes qui disent avoir eu un contact direct avec ce Dieu, il y a bien des générations. Il faut donc d’abord croire à un homme pour croire en Dieu. Il faut croire en l’homme qui nous a dit avoir eu un contact direct avec Dieu.
Comme ce soit disant Dieu,
infini, universel, tout puissant nous est révélé par des hommes différents (ce
qui fait la différence entre les religions), chacun de ces hommes a établi des
lois pour sa religion. Pour certains le
choix de la nourriture du corps est important au point de pouvoir nous priver
de
Comme les religions se sont donné
le pouvoir de Vie Éternelle, les hommes ont vite compris qu’il n’y avait pas de
risque à prendre et qu’il valait mieux obéir à la religion qu’à l’État qui n’a
qu’un pouvoir de vie terrestre. Et les
communautés se sont définies par ressemblance de croyance. En fait toutes les religions ont pris
l’habitude de réunir leurs ouailles chaque semaine pour leur dire quoi croire,
quoi faire, quoi dire, qui est bon et qui ne l’est pas. Dans d’autres milieux, on aurait appelé ça du
lavage de cerveau. D’aucuns diront que
c’est de l’éducation. Si on croit fort,
on en arrivera vite à penser qu’on est seul, comme groupe, à détenir la vérité,
et qu’à ce tître on est autorisé à tuer ceux qui croient différemment. C’est ainsi que pendant des siècles, durant
les croisades et les guerres de religion (XIe au XVIe
siècle), l’Église catholique s’est permis d’exécuter les incroyants et les
infidèles. Il en fut ainsi durant la
période de l’Inquisition, il y a quelques siècles. Aujourd’hui pour certains musulmans
extrémistes, le fait de tuer des Américains, ou ceux qui ne sont pas ennemis
des Américains, est un passeport pour
Jésus de Nazareth qui était,
semble-t-il, un philosophe imbu de
Enfin pourquoi adhérer à une religion? Probablement parce qu’il est plus simple d’obéir à quelqu’un que de se faire son propre jugement à force d’observations et de réflexion. Il est plus simple de faire ce que notre religion nous demande que de chercher soi-même ce qui est mieux pour l’humanité. Et comme l’explique si bien Arnaud Desjardins, si Dieu est Infini, comme le croient toutes ces religions, nous sommes tous Un en Dieu puisque en-dehors de l’Infini, il ne peut rien y avoir, l’Infini comprenant tout. S’il faut croire en un Dieu à tout prix, alors la logique nous dira que nous ne faisons qu’Un avec l’Infini. Si je fais mal à un autre, c’est à moi-même que je fais mal.
Dans les religions comme dans les peuples, ce sont les leaders assoiffés de pouvoir qui sont dangereux.
Souvenons-nous que dans les premières années de la colonisation, l’Église envoyait des missionnaires pour inculquer (lire : laver les cerveaux) aux pauvres gens qui les accueillaient en Nouvelle-France, les us et coutumes de la religion catholique. « Allez et évangélisez toutes les nations ». Ils ont imposé le crucifix, la messe le dimanche, le carême, les églises, etc. Pourquoi les musulmans ne feraient-ils pas comme eux aujourd’hui?
Comme peuple, suite à cette
histoire qui est nôtre, nous avons compris qu’il fallait « remettre à
César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », nous avons séparé
l’État de
Alban Arsenault (20 mars 2007)
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Merci pour ces deux articles intéressants. Je serais d'avis que tous les nouveaux arrivants devraient pratiquer la discrétion et se faire oublier... pour ainsi dire, en ce qui concerne leurs différentes allégeances religieuses. Ce serait intelligent de leur part (c'est ce que l'on pourrait leur faire savoir). Ainsi, on éviterait les chasses aux sorcières d'autrefois et les chicanes inutiles. On pourrait alors tous se rencontrer sur le plan humain, un point c’est tout.
François Simard (21 mars 2007)
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Je suis assez âgée pour me rappeler les multiples contraintes subies durant mes années de « formation ». Les personnes de sexe féminin devaient se couvrir la tête pour entrer dans une église. Qu'il y ait eu les voiles de première communion, de mariée ou la parade des chapeaux des « Madames » dont le titre d'ailleurs dépendait de la profession de leur mari, cela ne faisait qu'occulter le fait d'un statut spécial réglementé.
Les règlements ont été modifiés, les moeurs se sont épanouies dans toutes les directions. Chacune crée sa présentation et le message qu'elle envoie détermine autant son goût que la réception qu'on lui fera. Même les religieuses sont devenues des citoyennes qu'on ne distingue pas toujours comme « ces personnes » et, je crois, que c'était ce qu'elles voulaient.
À ce que je vois, c'est lorsque le privilège exigé sert à contrevenir à l'entente générale, et accorde à une personne une entorse malencontreuse dans la foule des autres, que nous voyons le principe sacralisé de « l'égalité pour tous » remis en question qu'alors nous renâclons.
Ce n'est pas le « scapulaire » du jeune sikh qui a dérangé dans l'affaire du khirpan, c'est quand un couteau est tombé dans une cour d'école d'adolescents. Ce n'est pas le turban, il y en a sur la tête de beaucoup de sikhs, c'est quand il remplace le casque de sécurité à un endroit où le patron est responsable des blessures lors du travail.
Aujourd'hui, le directeur général des élections accorde qu'on laissera voter des femmes masquées : ont-elles eu une carte d'assurance maladie? Pour voter au Québec, dans le doute, on demande les cartes d'identité. Alors... Les Québécois ne sont pas tous trop jeunes pour avoir entendu parler des vols d'élection et, avec le taux de votation actuel, ce n'est pas un phénomène oublié. C'est donc une corde sensible qu'il est fâcheux de pincer trop fort. Ce n'est pas sans conséquence que d'enfreindre une règle qui contraint tout le monde.
Rappelons-nous des effets du droit de vote accordé par le fédéral aux milliers d'immigrants lors du dernier référendum. Quand on en entend parler en général, on peut philosopher et, d'ailleurs, la rancoeur s'adresse plus aux inventeurs de trucs qu'aux bénéficiaires de l'avantage. Cependant, quand on parle de la responsabilité d'identifier les voteurs, que quelqu'un veut rester voilé lors de l'inscription au vote, je comprends que cela implique une exception qui est accordée aux handicapés et fortement balisée. Si la personne impliquée ne le tente que pour des raisons autres, ce n'est peut-être pas la meilleure introduction d'intégration qu'elle pense. Elle ne sera pas oubliée et je ne suis pas sûre que les témoins du quartier ne le garderont pas sur le coeur et ne retiendront, à l'encontre de la personne, une manifestation de rejet, certes, mais surtout d'une arnaque sociale.
J'ai toujours été compatissante envers les femmes en sari se promenant dans la sloche des trottoirs montréalais; je trouvais étonnant qu'elles n'aient pas eu l'intelligence d'au moins changer de tissu pour correspondre à notre climat. Mais si la diversité des tournures et des types, en effet, agrémente la plaisir d'arpenter la foule, cela ne me met pas en cause.
Cependant, je ne penserais pas ainsi, si je voyais la personne faire partie d'une équipe de sport, et que j'aie payé mon entrée. Ou encore, dans toutes circonstances de proximité où une relation de confiance doit s'établir entre nous. Je suis sûre que les atomes crochus traversent l'enveloppe de tissu divers, voile ou autres, mais mettons que l'effort est simplifié quand la réponse n'est pas masquée.
Denise Imbeau (23 mars 2007)
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Je crois que, vous, les amis de Pierre, êtes un bon exemple de personnes qui partent, dans leur histoire, d’à peu près les mêmes années (anciennes…) que j’ai vécues.
Je viens du même genre de famille, on dirait petite bourgeoise, ai-je appris lors de mon retour à l’université en sociologie durant les années fin-70, au temps des nouveaux concepts, de la critique des évidences apprises, comme vous, au cours classique.
Qu’avons-nous dû laisser tomber de ce qui nous avait permis des privilèges exclusifs qui nous avaient permis de nous qualifier sans trop de compétition, avouons-le, pour des postes stables, décemment rémunérés, préparant automatiquement des retraites relativement sûres, puisque les services publics permettant de nous mettre, ainsi que notre famille, hors des aléas brisant la stabilité de notre condition de vie et de travail?
Quand, en 1966-68, je me suis fait confronter par des camarades d’études à Sir George William, à la célèbre alors « What does Quebec want? » J’avais, je me souviens, eu la franchise de me situer (sociologie oblige) en termes personnels. J’avais appris à Ottawa, lors de mon bac, la différence entre vivre au Québec et vivre en Ontario, et la griffure au cœur des Canadiens-français laissée par les luttes de leurs ancêtres pour le maintien de leur statut de minorité significative au Canada, de leurs écoles et des institutions qu’ils s’acharnaient à bâtir et à maintenir. Cependant, ma griffure au cœur, à moi, c’était la différence de traitement que j’avais subie comme femme. Donc, je me suis considérée comme habile à parler avec mes frères étudiants et à leur traduire ce qui restait sur le cœur des nouveaux Québécois quand ils avaient commencé à étudier leur histoire, celle des Canadiens, devenus Canadiens-français restés au Québec, et depuis peu, Québécois, et bientôt comme on sait, de méchants séparatistes intransigeants et dérangeants.
L’exercice que je vous propose serait, avant les séances du Comité sur les accommodements raisonnables, lequel se promènera dans les régions du Québec, de déterminer quels principes nous ne voulons absolument pas voir effacer dans notre environnement social.
J’ai déjà parlé, du plaisir de voir toutes sortes de monde se promener dans nos villages et nos quartiers.
Cependant, les ouvertures que nous avons eu la fierté de réaliser dans les institutions, seront-elles toujours actives quand le déferlement des étrangers à l’aise dans leur nouvel environnement, leur permettra de refaire à leur goût ce dans quoi leurs enfants seront intégrés?
Rappelons-nous les batailles pour
le français, quand les Italiens de Ville-d’Anjou ont voulu faire reconnaître
leur majorité. Le bill 22, on se
rappelle? On devrait, puisque par
malheur, un accommodement raisonnable demandé quelque part, ne se résout, au
Québec, que par la généralisation d’une règle urbi et orbi. Évidemment,
Voici ce à quoi je tiens :
1. La langue française prioritaire dans l’instruction;
(Oserais-je parler de)
2. L’absolue laïcité de l’État et des institutions publiques québécoises;
3. Les droits des femmes à la liberté, l’égalité et la dignité de personnes responsables;
4. La protection des enfants tenant compte, qu’autant que les nôtres, ils sont nos successeurs;
5. Finalement que nul ghetto ne
soit supporté par les instances publiques (et ici, je mets en cause autant le
ministère de l’Éducation pour ses subventions non évaluées aux écoles privées, religieuses
de surcroît, que celui de
À quoi tenez-vous, messieurs, et pour quoi êtes-vous prêts à vous battre?
Denise Imbeau (9 juillet 2007)
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