Le temps de parler

 

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Âme d’enfant, Patricia Barthélémy


Question existentielle

Rolland, mon conjoint, m'a demandé : « Quel souvenir as-tu de ta première extase esthétique? »

 

J'ai pensé à la fois où nous glissions, mes frères Louis, Paul et moi (la plus jeune, donc en avant de la traîne sauvage). Nous sommes descendus du haut d'un rocher dans un espace rempli de neige folle (en avant de chez nous, chez les Smith). Je me suis trouvée enfoncée dans la neige et j'y ai nagé en pleine liberté… Une expérience d'extase qui dépasse la réalité et que je n'ai jamais retrouvée à moins de considérer d'autres dépassements, alors volontaires!

 

Évidemment, Louis en a un tout autre souvenir, puisqu'il se rappelle surtout l'horreur de l'enfouissement de son traîneau et de sa responsabilité d'aîné.

 

L'autre souvenir d'exaltation, c'est la fois où les grands avaient été amenés par Papa au lac Sept-Îles pour une semaine de pêche. Le premier matin de réveil sur l'île : Le vaste espace le calme du lac, la fraîcheur du matin, et la splendeur du soleil levant...

 

Une amie, diagnostiquée cancéreuse et ayant la perspective d'une seule année à vivre, m'a raconté qu’elle a pu vivre son rêve d'enfant, celui de faire un tour du camion des pompiers dans la ville, sirène déployée. Elle en avait été assez soulagée que, jusqu’à la fin de sa vie, elle en avait vécu chaque minute avec un plaisir qu'elle n'avait pas souvenance d'avoir senti jusqu'alors.

 

La réponse de Louis m'a mise dans l'embarras. Au fait, c’était une question : « Et toi, ce serait quoi ton rêve d'enfant? »

 

J'essaie depuis ce moment de chercher. Qu’est-ce qui me donnerait l'équivalent du moment où Faust dit : « Ô temps, arrête ton cours! » Qu’est-ce qui me donnerait la réponse à la question existentielle qui me permettrait ensuite de dire : « Maintenant, je peux mourir satisfaite. »

 

J'avoue que la question demande une résolution finale, et que je ne suis pas du tout arrivée à ce moment.

 

Qu'est-ce qui m'amènerait à vouloir en finir?

J'avoue avoir des tas de préoccupations triviales :

─ À qui confier mes livres?

─ Qu'est-ce que je laisserai dans la mémoire des gens qui m'ont connue?

─ Qui me remplacera dans les tâches dont je me suis chargée?

─ Aurai-je le temps de terminer les travaux entrepris?

─ Sont-ils si utiles que je doive y consacrer autant d'intérêt?

 

J'ai fait comme tout le monde; j’ai essayé de retrouver des souvenirs. Et comme tout le monde, je n'ai trouvé que du changement et un effacement de mémoire. Je me demande quelle expérience me permettrait de retrouver mon âme d'enfant. Le puis-je? Le veux-je? C'est en effet toute la question.

 

La question de Rolland est possiblement la plus pertinente, la mienne est plus compliquée et difficile et exigeante.

 

Denise Imbeau (15 mai 2004)

 

Une âme d’enfant

Qu'est-ce que « l'âme d'enfant » sinon la base d'une merveilleuse histoire?

 

Qu'est-ce que ça veut dire, retrouver son âme d'enfant? Qu'elle s'est égarée en cours de route? Qu'on l'a fait taire sous prétexte de devenir grand?

 

Rester en contact avec soi, c'est si difficile, mais si vital. C'est ce que j'apprends à faire petit à petit. Un travail de longue haleine, un travail parfois difficile, mais ô combien enrichissant et gratifiant! Parce que c'est un travail que je fais pour moi.

 

Mon âme d'enfant, elle est en moi... Elle me parle souvent, il suffit que je ne l'écrase pas sous le poids des contraintes de la vie. Mon âme d'enfant, c'est moi.

 

Marie-Lucie-Patricia Barthélémy (17 mai 2004)