Le temps de parler

 

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Les bougonneurs et les BOUGON

Vous lisez Foglia? Non! Alors, faites un essai. Oui! Moi aussi, à l’occasion. Il me fait toujours rigoler, celui-là. Sa plume, même trempée dans le vitriol, me plaît tout autant par la richesse du vocabulaire employé que par le contenu qu'elle se permet de véhiculer en des propos aussi suaves que musclés… qui ne sont pas toujours exprimés avec la délicatesse d'une ballerine.

 

Je suis parfois en désaccord avec ses idées, mais je le lis habituellement avec plaisir, un peu comme à une certaine époque, je ne ratais que rarement une prestation télévisuelle de notre Caouette national, Réal de son prénom. Je n'étais pas un « créditiste », mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le personnage était quelque peu coloré et ses envolées oratoires étaient souventes fois le reflet du gros bon sens populaire, donc de la société silencieuse.

 

Dernièrement, ce chroniqueur nous interpellait sur deux sujets d'actualité : le VIH et les « Bougon ».

 

La réaction des gens du populo est en général assez peu connue, cette partie de la population étant peu loquace… sauf une fois tous les quatre ou cinq ans. L'on ne peut en dire autant de certains intellos, écolos et autres « verts »; ces derniers auraient par ailleurs avantage à laisser mûrir certains sujets avant de les cueillir... Ils auraient ainsi un goût moins amer. Duplessis prétendait que pour certains, l’Intelligence, c’était comme la boisson… « il y en avait qui ne portaient pas ça ».

 

En Gaspésie de l'Est, par les temps qui courent, nous assistons à de la haute voltige langagière : L'exploitation pétrolière dans le golfe désorienterait les baleines, l'implantation d'un parc éolien à Murdochville serait nuisible à la gent ailée... Les oiseaux de Matane, par ailleurs, seraient plutôt du genre « tough »... un WAL MART ou un CANADIAN TIRE à Gaspé causerait un détournement inadmissible à une piste cyclable... et ce, qui plus est, conservons les phoques... après tout, ils ne sont que des prédateurs de la morue et conséquemment des bouffeurs d'emploi!

 

Ayoye! Oh! Que ça passe mal dans mes axones. Avec de tels moyens, ce n’est pas demain la veille que l’on va réussir à survolter (booster) une économie qui, faute d’être moribonde, est pour le moins endémique ou tout au moins goutteuse, cette dernière affection ne pouvant décemment être localement associée à une maladie de riches. Nous ne serons pas étonnés d’apprendre que l’un des ports de mer parmi les mieux abrités de la planète soit inactif faute d'industries utilisant ses installations. C'est bien plus rentable et pratique de se chicaner pour savoir qui du gouvernement du Canada, du gouvernement du Québec ou de la ville de Gaspé va gérer cet éléphant blanc, — Je ne savais pas que c'était une espèce protégée — que de travailler ensemble à le rentabiliser.

 

Loin de la séropositivité et des « Bougon » me direz-vous! Bien non, ce n’était qu’une introduction aux deux sujets, mais surtout à l'effervescence que l'on veut bien leur donner, grâce à l'inflation verbale et au gargarisme intellectuel.

 

C'est en effet étonnant de voir la réaction des mêmes gens à deux situations qui s'apparentent; le VIH et Mgr Turcotte, le VIH et la Dre Di Lorenzo. J'aime autant ne pas élaborer là-dessus... comme disait l’un de mes confrères, en parodiant Foglia : « Qu'est-ce qu'ils ont à s'exciter le pompon? » Dans le premier cas, l’on aurait pu penser, à entendre certains intervenants, que Mgr Turcotte venait de déclencher un tremblement de terre de magnitude 8 sur l’échelle de Richter… Mais dans le deuxième cas, les précautions avaient été prises. « Taquaouère », comme dirait la Sagouine, « astheure » c’est moins dangereux de se faire soigner le corps que l’âme!

 

Je suis absolument d'avis qu'un médecin séropositif doive en aviser immédiatement ses supérieurs qui ont le devoir non moins impératif d'encadrer la personne et de fixer certaines balises... mais sûrement pas la permission de le clouer au pilori. La Dre Di Lorenzo était non seulement une chirurgienne orthopédique de renom, mais une scientifique conduisant des travaux de recherche avancée sur une maladie infantile. C'est vraiment dommage de perdre son expertise à un âge relativement jeune pour une telle spécialiste… quelle que soit la façon dont elle a contracté le VIH.

 

Permettez-moi une argumentation basée sur l'expérience. L'un de nos enfants est né avec les pieds bots. Nous avons dû monter à Rimouski à 17 reprises au début des années 70, pour le faire soigner, dont trois fois pour des interventions chirurgicales. Je crois sincèrement que si nous avions eu le choix entre le laisser infirme pour la vie et opter pour une opération par un chirurgien séropositif, alcoolique ou autre, nous aurions pris une chance, surtout si l'on nous disait que les précautions étaient prises. De toute façon, ces personnes peuvent être porteurs d'autres microbes, n'est-ce pas?

 

En janvier 2002, j'ai dû subir une laparotomie pour une biopsie des ganglions dans le but d'identifier la forme de cancer qui avait élu domicile, sans ma permission, bien sûr, dans mon abdomen. QU’AVAIS-JE À PERDRE?? C'était l'opération ou le cimetière... vous pensez peut-être que j'aurais dit non si le seul chirurgien disponible avait été séropositif. Voyons donc, ces personnes ont prêté le serment de soigner et non pas de donner sciemment la mort. J'aurais délibérément choisi de faire confiance.

 

Les « Bougon », bien oui, j'écoute les « Bougon »... et ils me font rire. Nul besoin d'être un « pas propre » pour être un « scalper » ou un profiteur. J'en connais des « propres » fortement scolarisés. Papa Bougon aurait-il été dans une autre vie, un dirigeant d'une multinationale, genre ENRON ou NORTEL? L'épisode de la garderie montre autre chose que la participation volontaire ou non à un coup fourré. Beaucoup de parents de l'actuelle génération sont très exigeants face à la qualité des soins reçus par leur enfant-roi... souvent unique. D'autres sont tout simplement contents que de tels services existent. On y voit, dans cette série, la détresse humaine... et l'enfant élevé seul qui est bien content de rencontrer d'autres jeunes... et qui se fout royalement que la garderie soit oui ou non accréditée.

 

L'auteur, à mon sens, traite assez bien des problèmes de l'actualité : la pauvreté, le VIH, les familles monoparentales, mais aussi ceux de la société comme le manque ou la pauvre qualité des logements en milieu urbain, la détresse psychologique, la toxicomanie, l'exploitation du système… mais aussi la cupidité de marchands peu scrupuleux. Il passe ses messages en nous racontant la vie au quotidien d'une famille pour le moins délinquante, mais tricotée serrée, qui ne s'ennuie pas et qui sait faire part d’altruisme, ce qui lui confère un certain charme… à la télé. On aime les détester… ou l’on déteste les aimer… mais je ne pense pas que l’on puisse totalement être indifférents. Ne jouons pas à l’autruche, les situations décrites se produisent réellement.

 

Encore là, ce fut beau d'entendre les haut-le-coeur de certains ténors de l’intelligentsia avant la parution des premiers épisodes. À les entendre, on marginalisait et massacrait après martyre les assistés sociaux, ce qui n'est pas le cas. Ils ont dû se clore le bec après que le sympathique moustachu… malheureusement, je ne me rappelle pas son nom, mais on le voit souvent à la télé… ait rencontré l'auteur à une émission du POINT et donné son aval à la série. Avaient-ils laissé mûrir le sujet avant de monter aux barricades? Oh que non!

 

Ils sont d'autant plus « dangereux » que, bien organisés, ils sont non seulement tolérés, mais aussi craints par nos dirigeants... « Bout de ciarge! » Il y a des coups de pied au cul qui se perdent!

 

William Mc Neil                                                   Gaspé, le 29 janvier 2004.

 

 

William Mc Neil (29 janvier 2004)