Le temps de parler

 

 

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Quelques réflexions, Brigitte Brillon


Les Invasions barbares

Je sors du cinéma où nous sommes allés voir le film de Denys Arcand, Les Invasions barbares. Je n’ai pas la prétention d’en faire une critique en bonne et due forme. J’ai tout simplement envie de noter ma première réaction dans l’espoir que d’autres feront de même et que nous pourrons profiter des impressions les uns des autres, car, selon moi, ce film donnera autant de réactions qu’il y aura de spectateurs.

 

Je m’étais promis d’en parler « à chaud » le plus tôt possible après le visionnement, car, ma fille Maryse m’avait prévenu qu’en sortant de la salle, les gens étaient plutôt silencieux… Bouleversés? Choqués? Simplement émus? Et cela s’est produit encore cette fois : le film terminé, personne ne parlait et la moitié de la salle est restée assise jusqu’à ce que le générique soit complètement déroulé; et certains même n’avaient pas encore bougé de leur siège malgré qu’il n’y avait plus rien à l’écran.

 

Moi, j’ai vraiment aimé Les Invasions barbares. Un film très bien fait sur tous les plans techniques pour mon œil pas trop averti. Un tableau parfois drôle, parfois dramatique assez bien rendu, même si certains épisodes n’étaient pas tellement nécessaires à l’ensemble. Mais c’est surtout le portrait qui y est fait de notre société qui provoque ma réflexion. Et je me retrouve devant un dilemme. Est-ce une critique de la société ou un tableau intime de la mort d’une belle amitié?

 

D’une part, Denys Arcand prend la peine de nous présenter notre monde avec une bonne dose de cynisme : le pouvoir de l’argent, le conflit entre les générations, les problèmes du système de santé au Québec, la puissance des syndicats… de quoi vraiment soulever la réflexion, mais le tout est souvent poussé à la caricature, et cela m’a dérangé… Disons que si c’est pour provoquer, c’est très réussi dans mon cas!

 

D’autre part, tout au long du film, on passe par une gamme d’émotions causées par l’amitié, la maladie, le vieillissement, la solitude, la trahison. De très belles scènes chargées à bloc qui, Dieu merci, sont, juste comme il le faut, désamorcées par un humour très bien calibré.

 

On avait annoncé le conflit des générations. J’ai dû le manquer… Bien sûr, il y a de grandes différences entre les protagonistes des deux générations, mais rien qui ne soit normal, à mon sens. En tout cas, il s’agit de différences et non de différends… et ce serait dommage que les générations se suivent et se ressemblent, non? Il est bien normal que celle qui suit soit de son temps, sinon, pas d’évolution.

 

Bref, même si j’ai aimé ce film, j’en suis à me demander s’il était nécessaire de donner ces coups de pieds à gauche et à droite dans les problèmes sociaux pour nous faire vivre de si belles émotions. Il me semble que non. L’idée maîtresse était bien la rencontre d’êtres humains à un moment particulier de leur vie, pas nécessaire dans ce cas de montrer tous les trous du décor…

 

P.-S.

Je publie ces impressions deux jours plus tard, mais je n’ai corrigé que les coquilles. Je me suis efforcé de ne pas retoucher au fond, même si cela m’a drôlement tenté. En effet, le festival de Cannes est maintenant terminé et mes conversations avec ceux qui ont vu le film ont fait évoluer mes impressions; mais, comme promis, c’est une réaction première que je voulais donner, et c’est cela que je vous livre.

Pierre Imbeau (2003-05-26)

 

 

Quelques réflexions…

Moi aussi, j'ai beaucoup aimé, mais les images qui m'ont le plus bouleversée sont celles du visage de ces hommes, la nuit dans toute leur solitude, les sueurs au front et les angoisses dans les yeux. Moments magiques et si forts, au milieu des tous ces va-et-vient où le voisin de chambre rouspète après sa télévision en panne, mais hurle « …que lui, jamais ses enfants ne viennent le voir, LUI! »

 

La caricature, pas tellement, j'ai trouvé.  Eh oui, tout s'achète par l'argent ou par l'influence ou par la renommée ou le statut social.  Je suis persuadée que si ce n'est l'argent qui n'a pas de nom, le nom lui doit avoir autant d'importance. Un Lucien Bouchard ou (je ne me souviens plus du nom) ce joueur de hockey sûrement si bien traités dans nos hôpitaux québécois et mieux traités, sans attente, qu'une quelconque Tremblay ou Wachsmuth...

 

Je ne leur en veux pas, tant mieux pour eux, mais c'est la réalité, il n'y a pas d'égalité dans la maladie, la souffrance ou la mort; et si on a des enfants ou des proches qui peuvent nous rendre ces instants moins pénibles, tant mieux profitez ou profitons-en à plein. Oui le fils a de l'argent, mais c'est peut-être le seul moyen dont il dispose pour dire à son père qu'il tient à lui; on est parfois si démuni ou pas assez simple pour exprimer son amour bien plus que pour exprimer la colère ou la haine.  Il faut dire que cela me rappelle tellement ma mère qui ouvrait son porte-monnaie plutôt que de nous prendre dans ses bras.

 

Beaucoup aimé aussi, le « conflit de générations » même si je n'appelle pas cela un conflit, mais un fossé, illustré par le père qui ne comprend pas, mais pas du tout (C’est ardu c'est vrai ce milieu quand on n'est pas dedans) ce que fait son fils, donc… c'est un raté. Et sa fille sur les flots, une ratée aussi, et ce, juste parce qu'il ne les voyait pas assez souvent... mais quand on n’échange pas, difficile de comprendre.  Tant de questions qui incitent à la réflexion.  Moi mon bémol, et un gros, car c'est au début, c'est Sophie Lorain en hystérique déplacée, je l'ai trouvée peu crédible : oui elle l'a attendu quelques années, mais ce n'est pas une raison pour perdre les pédales à ce moment-là.  Les autres femmes du groupe sont plus crédibles et jouent mieux qu'elle.  Voilà quelques lignes pour partager avec vous mes impressions.

Brigitte Brillon (2003-06-04)