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Vive la Gaspésire libre! Pierre
Imbeau ** Le temps
d’une paix Jean-Marc Côté
** Optimisme
possible? Jules Bélanger
J'ai, moi aussi, écouté avec intérêt et attention Déménager
ou rester là. C'est à mon sens un portrait assez fidèle de la situation
(en Gaspésie)... et curieusement « Le point » hier soir consacrait du
temps d'antenne aux gens du Lac-Saint-Jean, justement
sur le sort réservé aux régions par les gouvernements. J'y ai vu, là, un
complément très intéressant à Déménager ou rester là.
[…]
Mes trois enfants gagnent leur vie à l'extérieur de la
Gaspésie; c'est dommage... mais ils n'avaient pas le choix. Cette année, au
Cégep, il y a presque 200 étudiants de moins qu'en 1969... Bon, il y a la
dénatalité, mais les jeunes familles ont quitté. À Rivière-au-Renard,
cette année, selon une de mes amies qui y enseigne, il y a 19 jeunes à la
maternelle, dont deux de L'Anse-au-Griffon et un de Cap-des-Rosiers. L'on me dit que dans une seule année
(1997 ou environ), 26 jeunes familles ont quitté... majoritairement vers la
Beauce... l'on peut assumer que 26 élèves de moins ne sont pas de ce fait
à la maternelle cette année.
Tout y contribue; le déclin de la pêche au poisson de
fond, la fermeture d'usines, pas ou très peu de troisième transformation... un
des plus beaux ports naturels au monde qui ne sert plus que de fond de paysage
aux cartes postales....
Mais ce n'est pas un fait nouveau... il y a longtemps
que la Gaspésie subit ce sort. La famille de mon grand'père
Mc Neil comptait onze enfants, trois gars, huit
filles. Seul mon grand‑père et une de ses soeurs Christine (Mrs
Robert Sutton) sont demeurés à Petit Pabos; un de ses frères est décédé à Vickensburg
en Arizona après un détour par le Montana, et l'autre à Keslo en Colombie-Britannique; les deux n'ont pas de
descendants connus. Trois de ses soeurs sont décédées dans la région
d'Ottawa. Ma grand‑mère maternelle a déjà travaillé à L'hôtel Windsor
de Montréal... mon grand-père Loiselle était
pêcheur... L'Histoire ne nous a pas appris comment un
pêcheur de « L'Anse-aux-Basques » (Pabos pour les incultes) a réussi à moucher jusqu'à
« montrial »... mais « grandwizel » avait un certain temps travaillé sur le
« tender » pour le CN du temps. Les phonéticiens auront bien sûr
compris qu'il s'agissait, là, du grand Loiselle,
devenu grand parce qu'il voyait du pays que les autres ne voyaient pas (ils
n'avaient pas le câble!), mais qu'il pouvait leur raconter en le façonnant et
l'assaisonnant à son goût du jour... et Dieu sait qu'il pouvait « beurrer
épais ».
Bref, la Gaspésie est vraiment le berceau du Canada,
il se vide quand l'enfant grandit...
William Mc Neil
(2003-04-11)
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J’avais pris la précaution d’enregistrer le
documentaire Déménager ou rester là, je viens de le revoir. Après
ce deuxième visionnement, je suis encore plus impressionné par la qualité et la
vérité de ce film. Il me paraît très réaliste sur la situation de la Gaspésie,
dans un propos sans complaisance, ce qui me semble très fort dans les
circonstances… Bravo à son auteur qui documente drôlement bien la réflexion de
toute personne qui a la Gaspésie à cœur.
Depuis notre arrivée dans la région de Montréal, il y
a presque 40 ans, je me suis toujours senti, ici, un peu comme un immigré en
terre étrangère. Les compagnons de travail et les gens de mon milieu m’ont
toujours reconnu une couleur différente, une espèce de culture qui n’est pas
d’ici. Moi, j’ai toujours gardé une certaine nostalgie qu’avec ma petite
famille, j’ai entretenue par des visites annuelles à la parenté, bien sûr, mais
surtout à la terre gaspésienne… Mes trois enfants se considèrent comme
immigrants de deuxième génération et sont également très attachés à leurs
racines gaspésiennes, et ce, même si les deux derniers sont nés en ville.
Pourtant, Alberte et moi nous sommes parfaitement
adaptés au milieu urbain au point où, quand l’occasion s’est présentée, nous
avons préféré rester en ville. Les raisons? Probablement les mêmes que celles
qui ont exilé mes trois sœurs et quatre de mes cinq frères. Quelques-unes ont
été évoquées dans le film : facilité d’instruction pour les enfants, vaste
choix d’emplois, vie culturelle riche et stimulante, choix d’amitiés, intimité
garantie par la foule, etc.
C’est l’exemple de la Bretagne présenté par le film
qui m’a le plus frappé. Remettre l’économie à l’échelle humaine, à la dimension
des individus concernés, voilà la solution pour la Gaspésie. De petites
entreprises qui se regroupent au besoin pour assumer les plus gros frais, mais
qui respectent avant tout l’individualité et la créativité de chacun. Ce n’est
certainement pas des solutions importées de toutes pièces de l’extérieur qui
peuvent régler les difficultés de ce peuple absolument et parfaitement unique.
Et pourtant, c’est ce que les gouvernements s’obstinent à faire… si j’ai bien
compris le film.
Et là, je me suis souvenu de l’arrivée de ma famille à
Grande-Rivière en 1950. Un des villages les plus
prospères de la Gaspésie à cette époque. Selon les capacités personnelles, des
barges de bancs à quatre cinq hommes arrivaient chargées jusqu’à la ligne de
flottaison; des barges de terre à deux hommes et des flats à un homme qui
pêchaient suffisamment pour nourrir toutes les bouches sous leur
responsabilité. Ils avaient le choix d’accoster au quai de Robin, de Médée Lelièvre, de la Coopérative et même au quai à Méthot : quatre petites entreprises qui se faisaient
compétition dans un équilibre précaire, mais dans une relative prospérité. Une
barge ou un « flat », un lopin de terre pour la viande et les
légumes, et les chantiers l’hiver pour de l’argent frais. On était loin de la
semaine de 36 heures et des vacances d’hiver en Floride, mais presque toutes
les familles avaient leur Méteor devant une maison
bien à elles.
Quand Québec a décidé que la pêche artisanale, c’était
désuet; quand on a créé le besoin de bateaux toujours plus gros qu’il fallait
20 ans de pêche pour payer; quand on a transformé notre Gaspésien indépendant
en homme d’affaires, on a détruit l’ordre des choses établi depuis des
générations de lutte pour la survie. Nos coopératives venaient tout juste de nous
débarrasser de l’emprise des Jersiais, voilà que l’on tombait sous le joug tout
aussi exigeant des gouvernements. Pour réussir à payer l’hypothèque du bateau,
le pêcheur a abandonné la ligne dormante (trawl) plus sélective pour la drague
et il s’est mis à racler et à détruire le fond de la mer nourricière. Si les
gouvernements avaient pris leurs vraies responsabilités, ils auraient laissé
les Gaspésiens pêcher comme ils savaient si bien le faire, à leur manière, et
les auraient plutôt protégés contre l’invasion des pilleurs de fonds venus
d’Europe et d’Asie.
Si l’on reprend l’histoire de l’agriculture et celle
de l’industrie forestière, nous voyons exactement le même modèle
d’interventionnisme à gros sabot : les gens débrouillards et industrieux
par nature qui se font « charrier » dans des projets trop lourds et
trop indigestes pour la région. J’ai le sentiment que les gouvernements ne font
pas confiance aux Gaspésiens. Ils ne croient pas que leurs initiatives soient
rentables ou même réalisables. Ils se croient obligés de filtrer et de
censurer, alors qu’ils devraient se contenter d’encourager et aider ceux qui
ont des idées originales et qui ont la passion qui va avec leur rêve.
Avec sa population clairsemée le long de la côte, la
Gaspésie ne sera jamais le lieu idéal pour de l’industrie lourde, mais elle
pourrait être le paradis d’une multitude de petites entreprises locales et
frileuses de leur indépendance, qui, comme les villages et les Gaspésiens
eux-mêmes, prendront forme et s’enracineront là où un cœur courageux ou l’âme
d’un rêveur l’aura décidé.
Pierre Imbeau (2003-04-22)
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Je viens de lire ce texte qui me rappelle bien des
souvenirs. C'était le temps d'une paix. Ces pensées nous posent beaucoup de
questions. Serait-il possible, dans notre temps, de vivre comme il y a 50 ans
sur certains aspects? Au niveau de la pêche, ta description de l'arrivée des
bateaux est tout à fait réaliste. Ce type de pêcheurs demeurait naïf tout comme
le cultivateur avec ses chevaux ou son petit tracteur.
Ces individus instruits qui ont créé ces systèmes
monstrueux de pêche ont plutôt détruit. La mécanisation en soi n'est pas répréhensible,
mais le profit démesuré, certainement. Il faudrait alors modifier le cerveau
humain pour changer les comportements. Il y a de l'agressivité dans toutes les
formes de cultures.
Jean-Marc Côté (26-04-2003)
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·
Ces
propos sur la Gaspésie et ses malheurs m’ont particulièrement intéressé.
L’humour traditionnel de William. La nostalgie de Pierre et de Jean-Marc
·
Selon
moi, il est évident que d’énormes bêtises gouvernementales ont malheureusement
été commises au détriment de notre Gaspésie. Vous en avez mentionné
quelques-unes. Avoir permis à la puissance mécanique de racler et détruire les
fonds marins en est une des plus impardonnables. Et cela, pour avoir manqué de
courage lorsque le temps était venu de contrôler les quotas de façon
intelligente. Mais non, il ne fallait pas risquer de perdre des votes!
Remettons à plus tard cette décision logique, mais peu populaire… Et plus tard,
on a réduit les quotas à zéro parce qu’il ne restait plus de poisson de fond…
Stupidité!
·
Je
ne pense pas qu’on aurait dû bouder les progrès techniques et faire en sorte
qu’en Gaspésie les pêcheurs continuent de « jigger » ou de
pêcher avec leurs bonnes vieilles barges. Mais le bon sens demandait qu’on
réglemente mieux l’usage de ces nouvelles et puissantes techniques. De même, on
ne peut, par exemple, demander aux Gaspésiens de creuser des canaux encore au pic
et à la pelle lorsque tout le monde sait qu’existent ces formidables
excavatrices (pépine) qui font avec un homme le
travail qui en requérait 40 ou 50 au temps du « flat » et de la
barge. Il aurait été illusoire aussi de demander aux capitaines de chalutiers
de se contrôler eux-mêmes et de décider qu’après tant de mille livres de prises
ils arrêteraient de pêcher pour sauver l’espèce.
·
Au
sujet de l’avenir de notre Gaspésie, je fais malgré tout partie des optimistes.
Je crois que les morues qui restent ne s’arrêteront pas de pondre. Je crois que
le facteur premier de notre industrie touristique, c’est-à-dire cette richesse
naturelle que sont les beautés uniques des paysages gaspésiens, il est là pour
rester. Or le tourisme est la plus grosse industrie au monde et il s’agit d’une
industrie qui aura toujours une clientèle, voire une clientèle croissante. Ce
qu’on ne peut pas dire, par exemple, de l’industrie du fer qui est menacée par
la découverte de nouveaux métaux. De plus, nous avons maintenant des écoles en
Gaspésie et, comme l’un de vous l’a si justement écrit, voilà le nerf de la
guerre. Enfin, les distances séparant la Gaspésie des grands centres urbains,
distances qui nous ont si longtemps handicapés, sont maintenant abolies pour
bon nombre de contenus à transporter. Bienvenue donc à la cybernétique, à
l’informatique et à quelques autres tiques! Savez-vous tous, à ce chapitre,
qu’il existe à Gaspé une compagnie qui conçoit, produit et vend à travers le
Québec et ailleurs des systèmes de contrôle télémétrique (par exemple pour
contrôler de Gaspé le fonctionnement de l’aqueduc de Mont-Laurier
ou de St-Jérôme et les quantités nécessaires de
chlore ou autres substances et autres données quantifiées)? Les distances,
ici : pas de problème!
·
Optimisme
naïf? Peut-être. Têtu, certainement. Au cas où ça pourrait en intéresser
quelques-uns, j’ai pensé vous transmettre ci-dessous un texte que j’ai commis
il y déjà dix ans. Il s’agit de la conclusion d’un petit livre racontant un
certain nombre de batailles en faveur de notre Gaspésie. Une conclusion
optimiste, eh oui!
·
Or
après dix ans, en 2003, notre taux de chômage est à 20 ou 25 %, Murdochville n’a plus de cuivre, la mer n’a plus de morue,
la forêt pose de sérieux problèmes à cause de sa surexploitation et l’exode de
notre jeunesse se poursuit en entraînant maintenant (ça, c’est plutôt nouveau!)
une partie de nos retraités qui veulent aller vivre près de leurs rejetons en
ville (ou leur fournir du baby-sitting à bon marché)… Et moi, je demeure
optimiste… C’est peut-être assez pour que vous m’invitiez à ne plus prendre ici
de votre temps. Que voulez-vous? L’absence d’espoir ne ressemble-t-elle pas au
désespoir? Je n’aimerais pas ça.
Jules Bélanger (02-05-2003)
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