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À la mort du père Joseph
Potvin, à l’été 2003, son neveu, Louis Imbeau a « fait le
ménage » de son ordinateur. Il y a trouvé des textes qui racontent la
vie de son père Willie Potvin (notre grand-père maternel), arrivé à Chandler
aux débuts du moulin. J’en ai tiré quelques extraits qui me semblent
bien illustrer la vie à Chandler à cette époque. Pierre Imbeau |
Le printemps touchait à sa fin quand mon
père Willie nous apprend que nous allions quitter l'arrière du village où
logeaient les journaliers de l'usine pour traverser au Plateau, un joli coin à
part, réservé aux gérants et surintendants de la Compagnie. J'y étais allé
quelquefois durant l'hiver précédent y porter du lait à la porte matinale de
gros messieurs. Une grosse résidence en bordure du bosquet masquant la baie et
le champ de billots sales qui y flottaient, venait tout juste d'être terminée
comme résidence de Padoue Dubuc, fils du président, qui, son stage à Fordham
terminé, s'initiait à ses fonctions futures avec les ingénieurs Joron et
Brousseau, en train de doter le village des services de base. Provisoirement,
c'était Boisvert qui y logeait en attendant que soit terminée la maison voisine
qui lui était destinée.
Que venait y faire Willie, un simple
ouvrier? C'est que Dubuc, comme Boisvert, avaient précisément besoin de ses
services quotidiens pour organiser leur propriété. Willie était l'homme habile
et toujours disponible pour ses bienfaiteurs et amis.
On était à aménager le Plateau. Quelques
maisons y étaient en construction. On y accédait par une route, la rue McGrath
qui n'était qu'un sentier boueux et poussiéreux. On enleva trois pieds de terre
pour la remplacer par du mâchefer qu'un énorme rouleau à vapeur écrasait en le
durcissant. Puis, on borda le tout d'un trottoir en madriers solides et
surélevés dans les passages marécageux. On redivisa les lots, une douzaine,
selon les commodités de chacun; on les entoura d'une clôture de palissade; ce
fut précisément le travail que l'on confia à Willie de dresser cette palissade
et de la peinturer d'un beau vert clair. Des érables furent plantés pour
justifier sans doute le nom de la rue Bellefeuille emprunté au premier seigneur
de Pabos.
Sur chacun de ces lots, on tôlerait une
remise proprette pour les petites commodités ménagères, ainsi qu'un espace pour
qui désirait un potager. Boisvert était amateur de chevaux; il lui fallut donc
une écurie discrètement érigée derrière sa demeure à l'orée du bosquet
d'épinettes dans laquelle il gardait aussi une vache pour les besoins de sa
famille, avec un pacage attenant dans la pente de terrain qui bordait la baie.
C'est ce qui permit à Willie qui en avait soin, de garder lui aussi des animaux
et de se construire une étable, un poulailler et un clapier avec un potager
pour les nombreuses petites bouches qui garnissaient sa table; il obtint donc
d'ajouter à sa remise une étable et un poulailler, ce qui détonnait quelque peu
dans son entourage; comme son voisin immédiat, il entretenait un potager
précieux pour les légumes. Du reste, Dubuc fils lui-même avait à son service un
jardinier du nom de Devrecker qui entretenait de semblables cultures auprès de
sa demeure.
Boisvert, lui, avait aussi un potager et
un verger ainsi qu'un enclos ouvert pour des dizaines de lapins qui y
fouissaient à qui mieux mieux. Le Président demeurait un peu paternaliste avec
ses ouvriers; français et catholique convaincu, il favorisait les grosses
familles. Le Plateau était garni d'enfants pleins de vie et d'entrain et cela
ne semblait pas le déranger.